Épicondylite du coureur : le traitement par ondes de choc est-il efficace ?

avril 6, 2026

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Par Timothé Crépin

En bref : Si vous avez une douleur sur la partie extérieure du coude qui irradie dans l’avant-bras, aggravée par la course ou le port d’une bouteille, vous souffrez probablement d’une épicondylite, ou « tennis elbow ». Bonne nouvelle : dans 80 à 90% des cas, cela se soigne bien sans opération. Le traitement repose d’abord sur du repos relatif, de la glace, des étirements et des exercices spécifiques de rééducation. Si la douleur persiste au-delà de 6 à 12 semaines, les ondes de choc sont une option non invasive très efficace pour les cas chroniques. L’essentiel est d’agir tôt et de consulter un professionnel pour un plan adapté à votre pratique de la course. La guérison demande généralement de la patience, entre 3 et 6 mois.

Vous êtes coureur, et une douleur lancinante à l’extérieur du coude a commencé à gâcher vos sorties ? Vous n’êtes pas seul. Contrairement à ce que son surnom de « tennis elbow » laisse penser, l’épicondylite latérale touche aussi beaucoup de runners. Elle ne vient pas de la frappe de balle, mais bien souvent de micro-gestes répétés liés à votre passion.

Dans cet article, on décortique ce problème sous l’angle du coureur. On va voir d’où ça vient, comment le traiter efficacement étape par étape, et surtout, comment l’éviter pour continuer à courir sereinement. Pas de blabla, que du concret.

Pourquoi les coureurs attrapent un « tennis elbow » ?

Le coupable, c’est la répétition. L’épicondylite est une inflammation des tendons qui relient les muscles de l’avant-bras à la bosse osseuse (épicondyle) à l’extérieur du coude. Ces muscles servent notamment à relever le poignet et les doigts.

En running, ce n’est pas le mouvement de la jambe qui pose problème, mais tout ce qui gravite autour :

  • La prise de la bouteille d’eau ou du téléphone : Une prise ferme et prolongée, surtout si le contenant est lourd ou mal adapté, sollicite énormément ces muscles extenseurs.
  • Une asymétrie dans la posture de course : Une légère bascule du bassin, une faiblesse d’un côté, peuvent amener le bras à compenser et le coude à travailler en force.
  • Des appuis au sol déséquilibrés : Courir toujours du même côté d’une route en pente, ou sur un sentier très technique, peut créer des tensions asymétriques jusqu’à l’épaule et le coude.
  • Le renforcement musculaire : Certains exercices comme les pompes, les tractions, ou même le port de sacs de courses lourds peuvent être le facteur déclenchant.

La douleur typique ? Une sensibilité à la pression sur l’os à l’extérieur du coude, et une douleur qui s’intensifie quand vous serrez un objet, tournez une poignée de porte ou même en serrant la main. En course, elle peut survenir simplement en pliant le coude de manière répétée.

La feuille de route du traitement : par où commencer ?

Dès les premiers signes, il faut réagir. Laisser traîner une tendinite, c’est la garantie qu’elle devienne chronique et plus longue à soigner. Voici la stratégie progressive, validée, à suivre.

Phase 1 : Les gestes immédiats (les 7 à 10 premiers jours)

Objectif : calmer le feu.

ActionComment faire ?Pourquoi ça marche ?
Repos relatifRéduisez l’intensité et la durée de vos runs. Évitez à 100% les gestes qui déclenchent la douleur (port de charges lourdes, certains exercices de muscu). Marche ou vélo sont souvent possibles.Permet de diminuer l’inflammation sans créer de déconditionnement total.
Glace (Cryothérapie)Appliquez une poche de glace enveloppée dans un torchon sur la zone douloureuse, 15-20 minutes, 3 à 4 fois par jour.Vasoconstriction des vaisseaux, réduit l’inflammation et l’afflux sanguin, anesthésie la douleur.
Anti-douleurs simplesParacétamol en première intention. Les Anti-Inflammatoires Non Stéroïdiens (AINS type ibuprofène) peuvent être utilisés sur de courtes périodes si prescrits, mais ne guérissent pas la cause.Soulagent la douleur pour permettre la mise en place des autres traitements. Ne sont pas une solution à long terme.

⚠️ Attention aux infiltrations de cortisone : Elles peuvent offrir un soulagement spectaculaire… mais souvent de courte durée (4-6 semaines). Le risque ? Elles peuvent fragiliser le tendon à long terme et les récidives sont fréquentes. À réserver à des cas très précis sous contrôle médical, pas comme premier réflexe.

Phase 2 : La rééducation active (à partir de J+7, dès que la douleur aiguë baisse)

C’est le cœur du traitement. Passer cette étape, c’est risquer la rechute.

  • Consulter un kinésithérapeute (physiothérapeute) ou un médecin du sport : C’est indispensable. Il posera un diagnostic précis et établira un programme sur mesure.
  • Les étirements doux : Bras tendu, paume vers le sol, attrapez vos doigts avec l’autre main et tirez doucement vers vous pour fléchir le poignet. Vous devez sentir un étirement sur le dessus de l’avant-bras. Maintenez 30 secondes, répétez 3 à 5 fois.
  • Le renforcement excentrique : C’est la clé pour un tendon résistant. Avec un petit haltère léger (1-2 kg) ou une bouteille d’eau :
    1. Asseyez-vous, avant-bras posé sur la cuisse, paume vers le sol, poids dans la main.
    2. Avec l’autre main, aidez à amener le poignet en extension (vers le haut).
    3. Lâchez l’aide et laissez le poids ramener très lentement (comptez 5 secondes) votre poignet en flexion (vers le bas).
    Faites 3 séries de 15 répétitions, 1 jour sur 2. La douleur doit être tolérable, pas aiguë.
  • Les aides complémentaires : Votre kiné peut utiliser du taping (strapping) pour soulager, des techniques de thérapie manuelle ou des aiguilles sèches (dry needling) pour détendre les muscles contractés.
  • L’orthèse (bracelet épicondylien) : Une bande à placer sur les muscles de l’avant-bras, juste en dessous du coude. Elle modifie la traction des tendons et soulage pendant l’effort. À porter pendant les activités, pas en permanence.

💡 Astuce du coureur : Pendant cette phase, testez la course sans rien dans les mains. Utilisez une ceinture porte-bidon ou un sac à eau. Vous sentirez immédiatement la différence de tension dans les avant-bras.

Et si ça ne passe pas ? Le rôle des ondes de choc

Vous avez bien suivi le protocole pendant 6 à 12 semaines, mais la douleur est toujours là, tenace ? C’est là que les ondes de choc radiales entrent en jeu. Ne vous fiez pas au nom impressionnant, c’est une technique non invasive et ambulatoire.

Comment ça fonctionne ? Un appareil envoie des ondes acoustiques de haute énergie à travers la peau, directement sur la zone du tendon endommagé. Cela provoque un micro-traumatisme contrôlé qui va :

  • Stimuler la circulation sanguine locale.
  • Relancer le processus naturel de cicatrisation et de régénération des tissus tendineux.
  • Désensibiliser les nerfs responsables de la douleur chronique.

Pour qui ? C’est une excellente option pour les épicondylites chroniques, lorsque les traitements de base ont échoué. Elle est souvent couplée à un programme d’exercices pour un résultat optimal.

Les résultats ? Les études montrent un bon taux de succès à moyen et long terme, avec un faible risque de récidive comparé à d’autres options comme les infiltrations. Il faut généralement 3 à 5 séances, espacées d’une semaine. La sensation pendant la séance est un peu particulière (petits picotements ou chocs), mais elle est bien tolérée.

⚠️ Point important : Il n’existe pas encore de recommandations françaises unifiées sur les ondes de choc. Le taux de récidive global, toutes techniques confondues, est d’environ 1 cas sur 3 après un an. C’est pourquoi l’auto-rééducation reste fondamentale, même après un traitement par ondes de choc.

Les dernières options, quand tout a échoué

Si la douleur persiste malgré tout au-delà de 9 à 12 mois, d’autres voies peuvent être explorées avec un chirurgien spécialiste :

  • Les injections de Plasma Riche en Plaquettes (PRP) : On prélève un peu de votre sang, on le centre pour en extraire les facteurs de croissance, et on le réinjecte dans le tendon pour accélérer la guérison.
  • L’embolisation artérielle : Technique mini-invasive où on va cibler et boucher les petits vaisseaux anormaux qui entretiennent l’inflammation autour du tendon.
  • La chirurgie : En dernier recours. Elle consiste généralement à détacher partiellement le tendon malade de l’os (désinsertion) pour le laisser cicatriser dans une position moins tendue. Les techniques ont beaucoup progressé et sont souvent réalisées en arthroscopie (mini-caméra).

Prévention : comment courir sans jamais revivre ça ?

Mieux vaut prévenir que guérir pendant 6 mois. Intégrez ces réflexes à votre routine :

  1. Rééquilibrez votre équipement : Sac à eau ou ceinture porte-bidon. Choisissez des bouteilles légères et ergonomiques. Alternez la main qui porte le téléphone ou la bouteille.
  2. Travaillez votre posture de course : Un bilan chez un podologue du sport ou un posturologue peut révéler des déséquilibres à l’origine des tensions. Des exercices de gainage et de renforcement du dos et des épaules sont aussi très efficaces.
  3. Échauffez et étirez vos avant-bras : Avant de courir, faites quelques rotations des poignets et des étirements légers. Après la course, intégrez l’étirement décrit plus haut.
  4. Renforcez de manière progressive et équilibrée : Si vous faites de la musculation, assurez-vous de travailler aussi les muscles fléchisseurs du poignet (face opposée) et ne négligez pas la technique.
  5. Écoutez les premiers signaux : Une petite gêne ? C’est le moment de mettre une pause sur les gestes aggravants et d’appliquer de la glace. N’attendez pas la douleur aiguë.

La clé, c’est la régularité des bons gestes, pas l’intensité. Un peu d’entretien quotidien vaut mieux qu’une longue réparation.

Questions Fréquentes (FAQ)

Je cours avec une épicondylite, est-ce que je risque d’aggraver mon cas ?

Oui, si vous ignorez la douleur. Courir peut entretenir l’inflammation. La bonne approche : repos relatif. Réduisez fortement le volume et l’intensité, voire remplacez par du vélo ou de la marche rapide le temps que la douleur aiguë passe (1-2 semaines). Reprenez très progressivement, en écoutant votre corps. Si la douleur revient à l’effort, c’est que c’est trop tôt.

Les ondes de choc, est-ce que c’est douloureux et est-ce remboursé ?

La séance est inconfortable mais généralement bien tolérée. On ressent des picotements ou des petits chocs localisés. Le praticien adapte l’intensité. Concernant le remboursement en France, c’est le parcours du combattant. Les ondes de choc pour les tendinites chroniques ne sont pas prises en charge par la Sécurité Sociale de façon systématique. Certaines mutuelles peuvent participer sous conditions. Renseignez-vous toujours avant auprès de votre praticien et de votre complémentaire santé. En 2026, la situation pourrait évoluer, vérifiez les dernières dispositions.

Existe-t-il des exercices à faire à la maison pour prévenir la récidive ?

Absolument. Le renforcement excentrique (décrit plus haut) est l’exercice roi. Une fois guéri, vous pouvez le continuer 1 à 2 fois par semaine avec un poids léger pour entretenir la résistance du tendon. Ajoutez des exercices de mobilité du poignet (rotations, flexions/extensions lentes) et du renforcement global du haut du corps (gainage, tractions assistées, pompes sur les genoux) pour éviter les déséquilibres.

Pour aller plus loin

Cet article vous a donné les bases. Pour approfondir, voici des ressources fiables :

N’oubliez pas : chaque corps est différent. Ce qui a fonctionné pour votre partenaire d’entraînement peut ne pas être adapté pour vous. L’avis d’un professionnel qui vous examine est irremplaçable. Bonne route, et prenez soin de vos coudes !

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